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“Nous connaissons déjà en grande partie le règlement du camp, qui est incroyablement compliqué; les interdictions sont innombrables: interdictions de s’approcher à plus de deux mètres des barbelés ...; de sortir de la baraque la veste déboutonnée ou le col relevé;... ...Quand les ongles poussent, il faut les couper, et nous ne pouvons le faire qu’avec les dents (pour les ongles des pieds, le frottement des souliers suffit); si on perd un bouton, il faut savoir le faire tenir avec un fil de fer... “ “J’ai déjà appris à me prémunir contre le vol, et si je tombe sur une cuiller, une ficelle, un bouton, que je puisse m’approprier sans être puni, je l’empoche et le considère à moi de plein droit.” “Mais l’homme qui sort du K.B., nu et presque toujours insuffisamment rétabli, se sent précipité dans la nuit et le froid de l’espace sidéral. Son pantalon tombe, ses souliers lui font mal, sa chemise n’a pas de boutons. Il cherche un contact humain et ne trouve que des dos tournés. Il est aussi vulnérable et désarmé qu’un nouveau né, et pourtant il devra le matin-même marcher au travail.” “Ayant désormais une longue expérience des choses du camp, j’avais réussi à emporter avec moi mes affaires personnelles; une ceinture en fil électrique tressé, la cuillère-couteau, une aigille et trois aiguillées de fil; cinq boutons; et enfin dix-huit pierres à briquet que j’avais volées au laboratoire.” Primo Lévi , Si c’est un homme, Julliard, Pocket, Paris, 1999,p. 34-35;37; 61; 162